Christophe LEMAITRE
(16/07/2010)
Christophe LEMAITRE : " Le plus important reste à venir "
Christophe Lemaitre est entré dans l’Histoire, vendredi 9 juillet, en passant pour la première fois sous la barre des 10 secondes au 100 m. A Valence, aux championnats de France Elite, il a réalisé 9’’98 sur la ligne droite, un chrono synonyme de record national.
Quatre jours après son exploit, le jeune athlète de l’AS Aix-les-Bains avait rendez-vous avec la presse au showroom d’ASICS, son équipementier depuis l’époque des cadets, dans le 2ème arrondissement de Paris. Accompagné de son entraîneur, Pierre Carraz, Christophe Lemaitre a répondu au flot nourri des questions, face à un parterre d’une quarantaine de journalistes de la presse écrite, web et audiovisuelle. Extraits.
Avec le recul de ces derniers jours, que vous inspire votre performance sur 100 m aux championnats de France ?
Christophe Lemaitre : J’ai conscience d’avoir réalisé quelque chose de remarquable. Mais je sais aussi, pour avoir revu ma course à la vidéo, que je suis encore très perfectible. En passant sous les 10 secondes au 100 m, j’ai franchi une barrière. J’en suis très satisfait. Mais le plus important reste à venir. A commencer par les championnats d’Europe à Barcelone, à la fin du mois de juillet.
Vous avez revu votre course record des championnats de France. Qu’en pensez-vous ?
Elle reste assez loin de la perfection. Ma mise en action n’a pas été la meilleure qui soit. Et j’ai commis quelques erreurs techniques sur mes dernières foulées. Mon entraîneur, Pierre Carraz, les a jugées un peu trop amples. Tout cela reste très perfectible. En revanche, je suis plus satisfait, sur le plan technique, de ma finale du 200 m, où j’ai égalé le record de France en 20’’16.
Votre marge de progression reste donc importante ?
Bien sûr. Je suis encore jeune (20 ans), je manque d’expérience, j’ai tout à apprendre. Je sais que je peux aller plus vite. Combien, je ne sais pas. Et je ne veux pas trop me focaliser sur un chrono ou un autre. Je dois continuer à travailler, à rester concentré sur mon objectif, sans me disperser, en espérant que le chrono continue à descendre.
Votre entraîneur évoque un possible chrono de 9’’92 au 100 m. Une telle performance vous semble raisonnable ?
Oui, 9’’92 constitue un chrono à ma portée. Quand je revois mes courses, je me dis qu’il y a un peu partout des centièmes à grignoter.
Avoir franchi la barrière des 10 secondes au 100 m vous enlève-t-il un poids sur les épaules ?
Un poids, non, car je n’en ai jamais fait une obsession. Mon approche de la compétition sera toujours la même. Je ne vais pas changer d’objectif. Je vise toujours le titre européen à Barcelone, en me disant que le chrono suivra forcément. Mais, c’est vrai, je me suis débarrassé de cette barrière des 10 secondes, je peux maintenant me concentrer sur les titres à aller chercher.
Depuis votre exploit des championnats de France, la presse insiste sur le fait que vous êtes devenu le premier Blanc sous les 10 secondes au 100 m. Quel sentiment vous inspire cette marque historique ?
On m’en parlait beaucoup lorsque j’en étais tout proche. Et plus encore depuis que j’ai effacé cette barrière. Mais je n’aime pas beaucoup en parler. A mes yeux, le sprint n’a jamais été une affaire de couleur de peau. Si j’en suis arrivé là, c’est à cause de mon travail et de ma volonté.
Vendredi 16 juillet, vous allez disputer le 100 m du Meeting Areva, au Stade de France, entre Usain Bolt et Asafa Powell. Qu’attendez-vous de cette course ?
Je suis très impatient de me confronter à eux. Je prends cela comme une chance, pour me tester avant les championnats d’Europe, et pour gagner en expérience. Ces dernières années, j’ai souvent manqué d’occasions de me retrouver face à des adversaires d’un niveau supérieur. Je suis certain que ce genre de confrontation peut m’aider à progresser. Et en étant placé entre les deux Jamaïquains, je devrais pouvoir être tout de suite dans la course.
A son arrivée à Paris, lundi 12 juillet, Usain Bolt a confié que vous étiez désormais entré dans la cour des grands. Que vous inspire un tel commentaire de la part du meilleur sprinteur sur la planète ?
Je suis déjà un peu surpris, et en même temps très satisfait, qu’il connaisse mon nom et ma performance. Mais je crois qu’il est prématuré de dire que j’ai rejoint la cour des grands. 9’’98 reste loin du très haut niveau mondial. Avec un tel chrono, on ne se bat pas pour un podium olympique ou mondial.
Qu’espérez-vous des championnats d’Europe à Barcelone ?
J’ambitionne une médaille, voire un titre, au 100 m et au 4x100 m. Pour l’instant, ma participation au 200 m est encore au conditionnel. Nous déciderons le moment venu, avec mon entraîneur, en fonction de mes sensations, de mes temps de récupération et de mon résultat sur 100 m. Si je suis déçu de ma performance dans cette course, il est probable que je m’aligne sur 200 m, avec l’espoir de m’y racheter.
Trois questions à Pierre Carraz, entraîneur de Christophe Lemaitre
Pierre, à quand remonte votre rencontre avec Christophe ?
A ses débuts d’athlète. Il avait participé à une fête de village, au mois de septembre, où il avait démontré sur une ligne droite tordue et vallonnée des qualités de vitesse. Il avait 14 ans et découvrait l’athlétisme, après une expérience malheureuse en sports collectifs, où il s’était montré gauche et maladroit. Au bout de quinze jours, il réussissait 11’’80 au 100 m. Un mois plus tard, il en était à 11’’40.
Quelles sont ses principales qualités ?
A l’évidence, il possède des muscles riches en fibres rapides. Il est grand. Il assimile rapidement les consignes d’entraînement. Et, plus encore, Christophe est une bête de compétition. Il aime les enjeux. J’en veux pour preuve qu’il a toujours battu ses records personnels dans un grand championnat.
Jusqu’où peut-il aller ?
Je n’en sais rien. Nul ne peut prédire aujourd’hui où se situe son potentiel. Sur 100 m, je le crois capable de courir très rapidement en 9’’92. Quand il a couru en 10’’04, l’an passé, le vent était nul. Avec un vent régulier de 1,50 m/sec, le gain aurait été de l’ordre de 7 centièmes. Sur 200 m, je peux affirmer qu’il passera bientôt sous les 20 secondes.
* Christophe Lemaitre, Leslie Djhone et Teddy Tamgho sont tous les 3 membres du Team ASICS.
Source :
Agence Blanco Negro
Laurence Dacoury
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